Il s’arrêta un instant de l’embrasser et elle crût qu’il allait choisir de fuir, reprendre pied dans sa réalité où il ne devait pas avoir le choix.
- Pourquoi moi ?
Il avait prononcé ces paroles en gémissant, comme si à elle seule, elle allait pouvoir le libérer de son emprise en une seule phrase, d’un seul mot et l’empêcher de commettre l’irréparable.
Pourquoi avait-elle jeté son dévolu sur lui, elle n’en savait pas elle-même la raison …Elle savait juste que dès qu’il avait commencé à lui résister, il était devenu objet de convoitise, envie irrépressible et défi, tout à la fois.
- Je ne sais pas…mais c’est toi que je veux !!
Il reprit ses lèvres sauvagement comme pour la punir de cette réponse qui la rendait plus désirable encore…ou peut être se punissait-il lui-même de ne pas savoir résister, de céder…
Il se souvint encore, qu’il n’avait pu s’empêcher la semaine d’après de lancer un regard circulaire sur le parking, juste au cas où elle pourrait être là , comme un rendez-vous implicite.
Puis il s’était rendu à la raison, et était entré dans l’enceinte de la piscine, pour malmener ses muscles et se sentir vivant.
Ce n’est qu’une bonne demi-heure après son arrivée, et une demi-douzaine de longueurs plus tard, qu’il s’arrêta pour souffler et apercevoir une jeune femme venir vers lui dans un crawl fluide. Elle se tint à côté de lui et il l’observa avec aberration, enlever ses lunettes de plongée.
- Bonjour, vous allez bien ?
- Bonjour, oui merci, et vous ?
Il bafouillait en lui répondant, elle paraissait si naturelle à l’aborder ainsi, n’importe qui aurait surpris leur discussion, aurait cru qu’ils étaient voisins ou qu’ils étaient des connaissances professionnelles. Elle lui souriait avec un éclat d’ espièglerie dans les yeux.
- Je suis en pleine forme ce soir…On y va ?
Le temps de réajuster ses lunettes et elle repartit à la conquête du monde fluide de la piscine. Et il l’accompagna plus troublé qu’il ne voulait bien l’admettre.
Un bon quart d’heure plus tard, c’est elle qui s’arrêta pour souffler et il prétexta le besoin de mettre ses palmes, pour se tenir à côté d’elle l’air de rien, il ne savait absolument pas de quoi il allait lui parler, ni comment renouer le contact après les formules de politesse.
               Â
C’est elle qui encore très naturellement lui parla de la pluie et du beau temps, de la température de l’eau, de ses performances, s’enquerrant des siennes.
C’est lui qui relança leur ballet aquatique chaussant ses lunettes et l’entraînant dans son sillage. Ce soir là , elle l’avait attendu avant de partir, il en était presque certain, pour le saluer comme un accord tacite. Il en avait souri, alors que lui continuait ses longueurs, il avait été envahi d’un bien être particulier, d’un nouvel appétit de la vie, comme si l’avenir était devant lui.
- Tu sais que tu me rends fou depuis de longues semaines ?
Elle rit. Elle était heureuse, pas seulement parce qu’elle avait gagné la partie mais aussi parce qu’elle s’était imaginé tant de fois ces mots dans sa bouche, que la réalité dépassait ses espérances. Il poussa l’audace jusqu’à glisser ses mains sous son pull pour caresser la peau douce de son ventre et enfouir son visage dans ses cheveux.
- C’est amusant ta peau est douce et ne sent pas le chlore…Tes cheveux sentent la mûre sauvage et les épices de noël…
Elle rit encore. Il disait tout haut ce qu’il pensait.
- J’ai envie de toi…J’ai eu envie de toi dès la première fois…Qu’allons-nous faire ?